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Posture soignante et responsabilité


Accompagner au sens thérapeutique n'est pas un acte anodin. C'est une vraie responsabilité d’un point de vue éthique. Du grec « ethos », l’éthique signifie « manière de vivre ». Une étymologie à laquelle je rajouterais la signification suivante : « manière d'être avec » qui pourrait se définir comme une attention soutenue, portée à l'autre mais aussi à la somme des affects (conscients ou inconscients) suscités chez le thérapeute. C'est ce que l'on appelle dans le jargon psychanalytique, le « contre-transfert ».


La reconnaissance de ce phénomène est l'un des préalables indispensables à une posture soignante adéquate. Autrement dit, « la manière d’être avec » inclus l’observation des émotions qui peuvent émerger en soi vis-à-vis d’un patient.


À ce titre, j’énoncerais deux raisons principales : la première, que cette observation évite l’écueil de s’identifier au rôle que le patient assigne au thérapeute, consciemment ou non (il prend acte de la place qui lui est donnée mais il ne se confond pas avec celle-ci). Quoique le thérapeute entende, il n’entre pas en réaction et demeure à l’écoute.


La deuxième raison est la conséquence de la première. En effet, le thérapeute libéré de toute propension à réagir émotionnellement, dispose alors d’une pleine attention pour percevoir la nature du transfert (ce que le patient projette sur le thérapeute : désirs, sentiments, fantasmes, interdits…). Cette perception va l’éclairer sur la personnalité du patient et lui permettre subséquemment, d’ajuster sa propre posture. Un ajustement qui, s’il est réussi, permet au fil des rencontres de mobiliser en douceur les résistances de la personne et d'assouplir ses défenses psychiques.


Afin d’illustrer mon propos, voici l'extrait d’un ouvrage¹ évoquant une posture soignante avec toute sa subtilité dans l'art « d'être avec » : « Je me souviens d'une supervision où il était question d'un patient qui vivait enfermé dans une pyramide de pierre. Cette pyramide déterminait les limites entre lui et les autres, entre lui et le thérapeute. Mais au fur et à mesure, la pyramide de pierre se transforma en une pyramide de verre. Alors le patient commença à avoir peur de son thérapeute: il n'avait pas encore le vécu que son thérapeute était le garant des limites de son moi (…). À partir de là, le thérapeute se donna pour rôle d'être quasiment le défenseur des défenses du patient, alors qu'il avait jusque-là travaillé à éliminer ces mêmes défenses. À un certain moment, il put dire au patient que la pyramide de verre lui permettait de recevoir l'image des autres et que lui, le thérapeute, se contenterait d'être un reflet de la pyramide de verre, afin que le patient restât enfermé et en sécurité dans ladite pyramide. Ce n'est qu'après un long temps, durant lequel le thérapeute se contenta d'être un reflet, qu'il put enfin entrer dans la pyramide de verre, le patient n'ayant plus peur de lui ».


Pour terminer, je conclurais qu’une posture soignante ne se résume pas à une somme de techniques ou à l’acquisition d’un savoir, aussi étendu soit-il. Si elle peut s’apprendre et s’affiner au fil des expériences, une posture ne pourra véritablement être efficiente qu’à la hauteur d’une qualité de présence que le thérapeute voudra bien consentir à manifester.

C’est là, toute la responsabilité du soignant. @cabanes_e

¹ Rencontre avec Gaetano Benedetti proposé par Patrick Faugeras, « L'expérience de la psychose », Édition érès 2003
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